Evidence Based Nutrition

L’Evidence Based Nutrition peut se traduire en français par « la connaissance de la nutrition basée sur des preuves scientifiques ». Ce sont l’ensemble des connaissances sur lesquelles se basent les professionnels de la santé de la branche nutritionnelle. C’est à dire principalement les diététiciens-nutritionnistes et les médecins-nutritionnistes.

Cette approche s’efforce de fonder, autant que possible, les connaissances diététiques sur les données actuelles les plus probantes. Par « données probantes », on entend les études cliniques à plus haut niveau de preuve, en particulier les essais cliniques randomisés et les revues systématiques.

Dans une démarche EBN, la décision clinique intègre 3 composantes :

  1. l’expérience clinique du praticien
  2. les meilleures données actuelles (preuves) de la recherche clinique
  3. les préférences du patient

Terminologie

Quelques définitions

 essai clinique : étude épidémiologique qui a pour but d’évaluer l’efficacité et/ou la sécurité d’une intervention (médicaments, chirurgie…)

– essai randomisé contrôlé :  étude interventionnelle dans laquelle les sujets par tirage au sort sont répartis dans un groupe recevant l’intervention (groupe « intervention » ou groupe « expérimental ») et un groupe ne recevant pas l’intervention (groupe « contrôle » ou groupe « témoin »).

 revue systématique : synthèse de toutes les études publiées ou non

 méta-analyse : utilisation de méthodes statistiques pour combiner les résulats d’études indépendantes afin d’obtenir des estimations plus précises des effets étudiés (une intervention ou un traitement par exemple).

Étapes d’une démarche Evidence-Based

  1. Formuler le problème nutritionnel et/ou diététique en une question claire et précise
  2. Rechercher dans la littérature la question posée
  3. Evaluer la validité et la pertinence des résultats trouvés
  4. Intégrer les résultats retenus à son patient

Végétalisme et protéines : que dit la science?

            Source et biodisponibilité 

Les végétaliens obtiennent leurs protéines principalement via la consommation des légumineuses, céréales, oléagineux et, dans une moindre mesure, des légumes et des fruits.

La qualité des protéines est déterminée par leur digestibilité et leur contenu en acides aminés. Les protéines végétales concentrées ou purifiées telles que les protéines de soja ou le gluten ont une très bonne digestibilité (>95%, similaire à la digestibilité des protéines animales). En ce qui concerne les végétaux bruts comme le blé complet et les légumineuses, la digestibilité des protéines est plus faible (de l’ordre des 80-90%). La plupart des autres protéines végétales ont une digestibilité plus basse (entre 50 et 80%) de par la présence de la matrice cellulaire et de facteurs antinutritionnels. Les aliments transformés et le traitement par la chaleur influencent également la digestibilité des protéines. Les aliments d’origine végétale contiendraient de hauts taux de facteurs antinutritionnels naturellement présents (ex : inhibiteurs d’enzymes digestives, tannins, phytates, glucosinolates, isothiocyanates), formés durant les processus industriels (ex : D-amino acids, lysinoalanine) ou dus à des modifications génétiques (ex : lectines).

Qu’entend-on par protéines « incomplètes » ou facteur limitant dans le cadre du végétalisme?

C’est une notion qui veut qu’une protéine d’origine végétale serait moins complète qu’une protéine d’origine animale (ici, en considérant la protéine animale comme protéine de référence, historiquement la protéine de l’œuf), en comparant les deux selon leur teneur totale en acides aminés essentiels. Je vais donc d’abord insister sur le fait que les protéines végétales ne sont pas « incomplètes », elles contiennent bien tous les acides aminés essentiels, mais dans des proportions différentes (et parfois « limitées ») par rapport aux protéines d’origine animales. Il est donc plus approprié de parler de « facteur limitant ». Pour calculer le « facteur limitant » d’une protéine, il existe ce qu’on appelle le PDCAAS :

« Le PDCAAS d’une protéine est calculé comme étant la teneur en acide aminé essentiel limitant dans la protéine (exprimée en mg par g de protéine), divisée par le besoin en cet acide aminé chez les enfants jusqu’à 4 ans (également exprimé en mg par g de protéine), multipliée par la digestibilité de la protéine (exprimée en proportion de la protéine ingérée et absorbée par l’intestin). L’acide aminé « limitant » est l’acide aminé essentiel dont les quantités présentes sont les plus faibles ». (Conseil Supérieur de la Santé, 2016)

Il s’agit de :

  • La lysine pour les céréales,
  • La méthionine et la cystéine pour les légumineuses,
  • et la lysine et la méthionine pour les oléagineux.

La lysine est l’acide aminé limitant principal pour les végétaliens. (CSS, 2016) Dans le cadre d’une alimentation végétalienne (froment/soja comme sources de protéines), le PDCAAS s’élèverait à 77 % (Gezondheidsraad, 2001). Il s’avère dès lors que les besoins en protéines des végétaliens seraient 1,3 fois supérieurs à ceux des personnes ayant une alimentation mixte. Il est toute foi tout à fait possible d’atteindre les recommandations via la combinaison et la variation de la consommation des denrées alimentaires d’origines végétales. (CSS, 2016)

Bien que certains végétaliens aient des apports en protéines marginaux et que la consommation en protéines des adultes soit généralement plus basse que celle des omnivores (OMN), la consommation moyenne en protéines des végétaliens via la consommation soit de protéines de soja, soit d’une bonne diversité dans les différentes autres sources de protéines végétales, consommées tout au long de la journée, permet d’atteindre voire d’excéder les besoins pour tous les acides aminés essentiels, et ce sans que la complémentarité des protéine ne soit nécessaire à chaque repas, et à condition que l’apport calorique soit adéquat. (Agnoli et al., 2017 ; CSS 2016 ; Melina et al., 2016; « Position of the American Dietetic Association », 2009  ;  Weisburger, 1997) 

Les athlètes peuvent également tout à fait combler leurs besoins en protéines via l’alimentation végétalienne . (« Position of the American Dietetic Association », 2009) 

            Recommandations 

Puisque la digestibilité et le contenu en acides aminés essentiels des protéines végétales est plus bas que celui des protéines animales, il serait judicieux que les végétaliens consomment plus de protéines que ce qui est recommandé pour la population générale. Cette augmentation peut être atteinte facilement via la consommation d’une grande variété d’aliments d’origine végétale (Agnoli et al., 2017)

L’apport journalier recommandé (AJR) en protéines pour un adulte omnivore s’élève à 0,83 g/kg/jour. Multiplié par 1,3 pour les végétaliens (puisque le PDCAAS s’élève à 77% chez ceux-ci). Cela donne donc un AJR corrigé pour les végétaliens de 1,08g.kg-1.j-1 (CSS, 2016).

Le végétalisme, qu’est-ce que c’est?

Le végétalisme est une alimentation qui exclut tout produit d’origine animale dont la viande, la volaille, le gibier sauvage, le poisson et les fruits de mer, les produits laitiers, les œufs et le miel ainsi que tout autre sous-produit d’origine animale (Key, Appleby, & Rosell, 2006)

Les gens choisissent d’adopter un régime végétalien pour différentes raisons, telles que la compassion envers les animaux, un désir de protéger l’environnement, de réduire leurs risques de maladies chroniques, ou dans le cadre de la prise en charge thérapeutique de leurs maladies.

Selon l’association américaine de diététique (2009), un régime végétalien bien planifié à base de céréales complètes, de légumineuses, de légumes, de fruits, de noix et de graines peut être adéquat sur le plan nutritionnel, et ce, à tout stade de la vie. L’adoption d’un régime végétalien peut induire une consommation réduite de certains nutriments, les carences peuvent cependant être évitées via une bonne planification de l’alimentation. (Melina, Craig, & Levin, 2016 ; « Position of the American Dietetic Association », 2009)

Les caractéristiques nutritionnelles du végétalisme 

Les habitudes alimentaires des végétaliens peuvent être assez diversifiées en raison de la variété alimentaire disponible et des différents facteurs qui ont motivé les gens à adopter cette alimentation. (Melina et al., 2016)

De précédentes études ont suggéré qu’une alimentation végétalienne requiert de grandes quantités de céréales, légumineuses, noix, fruits et légumes et qu’elle est généralement riche en glucides, acides gras insaturés, acides gras n-6, fibres alimentaires, produits phyto-chimiques (ex : les polyphénols), bêta-carotène, acide folique, vitamine C, vitamine E, thiamine, vit B6, fer, potassium (K), magnésium (Mg), anti-oxydants et certains acides aminés. En revanche, elle serait relativement plus pauvre en calories (densité nutritionnelle élevée mais densité énergétique faible), graisses saturées et cholestérol, acides gras oméga 3 à longue chaîne, rétinol, vitamine B12, vitamine D, niacine, calcium, phosphore et zinc. (Agnoli et al., 2017 ; Chen et al., 2018 ; Craig, 2009 ; Davey et al., 2003 ; Key et al., 2006)